Article 6 Journal d'une PTSD : Docteur LeCoeur
- belleenboudoir
- il y a 3 jours
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Cet écrit est pour les enfants que l'on a qualifiés de difficiles, de capricieux, d'opposants ou d'ingérables.
Pour les adultes qui ont vu un comportement sans voir la peur qui se cachait derrière.
Il est pour ceux qui ont oublié qu'un enfant qui crie n'est pas toujours un enfant qui défie.
Parfois, c'est simplement un enfant qui essaie de se protéger.
Il est pour vous. Il est pour moi.
Pour que nos voix ne se taisent plus.
Pour que nous rayonnons ensemble.
Un médecin de plus, une peur de plus
Cette partie de l'histoire se déroule après notre déménagement à Fontainebleau.
Je viens d'entrer en CE2.
Cela fait déjà près de deux ans que le diabète est entré dans ma vie.
Deux ans de piqûres, d'examens, d'hôpitaux et de rendez-vous médicaux.
Deux ans qui ont déjà laissé des traces profondes, avec des rendez-vous qui m'ont traumatisée.
À Paris, j'ai déjà rencontré des médecins qu'on peut qualifier d'horribles, dont je parlerai plus tard.
Je savais seulement une chose : je n'en pouvais plus.

Alors lorsque ma mère m'annonce que nous devons rencontrer notre nouveau médecin traitant, je refuse immédiatement.
— Je ne suis pas malade.
Pourquoi aller voir un médecin quand on n'est pas malade ?
Ma mère tente de me rassurer.
— Ne t'inquiète pas, c'est une femme. Elle est sûrement très gentille.
Aujourd'hui, je comprends qu’elle cherchait à me rassurer avec les outils qu'elle avait.
Mais à huit ans, cette phrase ne me rassure pas du tout.
Femme ou homme, cela ne change rien. Ce sont des médecins.
Et les médecins me font peur.
J'insiste.
Je propose même que ma mère y aille sans moi.
Mais très vite, je comprends que je n'obtiendrai pas gain de cause.
La stratégie d'une enfant

Alors je réfléchis.
Car c'est décidé :
Cette inconnue ne me touchera pas. Elle ne m'approchera même pas.
Je passe en revue tout ce que j'ai déjà essayé.
Dire non ?
Ça n'a jamais marché.
Pleurer ?
Idem.
Me cacher ?
Encore moins.
À chaque fois, les adultes finissaient par décider pour moi.
Alors une idée me traverse l'esprit.
Puisque personne n'écoute mes mots, peut-être qu'il faut arrêter d'utiliser les mots.
Si un chien mord, on hésite avant de l'approcher. Si un chat griffe, on fait attention à lui.
Alors peut-être que si je deviens suffisamment ingérable, suffisamment effrayante et incontrôlable, personne n'osera m'approcher.
Je décide donc que cette fois, je ne serai plus docile.
Je courrai.
Je crierai.
Je me débattrai.
Et s'il le faut, je mordrai.
Le plan en action

Le jour du rendez-vous arrive.
Je suis terrorisée.
Je me souviens de cette boule dans le ventre.
De cette angoisse qui monte.
De cette certitude que quelque chose va arriver.
Dans la salle d'attente, je commence immédiatement à observer.
D'abord, je demande à aller aux toilettes. Si mon dernier recours est de m'y enfermer... autant savoir où elles sont. Mais bon, au moment où j'ouvrirai la porte, ils pourront m'attraper. je ne serai pas en sécurité aux toilettes, mais je pourrais gagner du temps pour y réfléchir.
Puis j'observe le reste.
Les boiseries. Le parquet ancien. Les jeux en bois.
C'est presque joli.
Et cette pensée me traverse :
"Ça se trouve, c'est justement pour amadouer les enfants."
Oui, à huit ans, j'en étais là...
Une femme entre dans la salle d'attente.
Elle nous appelle.
Puis elle demande :
— Bon, par qui je commence ?
— Pas par moi !
Ma sœur passe avant moi.
Cela me rassure presque.
Au moins, je vais pouvoir observer.
Je regarde tout. Les gestes. Les déplacements. La façon dont elle parle. La façon dont elle s’approche.
J’ai gagné
Puis vient mon tour.
Et là, tout explose. Ok, elle a l'air gentille, "mais Juliette - je me dis à moi-même - tu n'oublies pas ta stratégie. N'oublie pas que tu refuses qu'on t'approche et qu'on te touche. Tu ne dois penser qu'à ça et rien d'autre. On s'en fiche qu'elle soit gentille."
Je ne me souviens plus exactement de mes mots qui sortent alors de ma bouche.
Je me souviens seulement de l'état dans lequel je me trouvais.

Je cours partout.
Je crie.
Je refuse qu'elle s'approche.
Je répète que je ne suis pas malade.
Que je veux rentrer chez moi.
Puis je repère une porte au fond.
Une sortie.
Je file aux toilettes et je m'enferme.
J'entends ma mère et le médecin me chercher. Je refuse de sortir.
Puis je finis par crier :
— Je ne reviendrai pas ! Je ne veux pas qu'on me touche !
Aujourd'hui encore, cette phrase me serre le cœur.
Parce qu'aucun enfant ne devrait avoir besoin d'en arriver là pour essayer de se sentir en sécurité.
Puis quelque chose d'inattendu se produit.
Elle n'insiste pas.
Elle ne me force pas.
Elle ne hausse pas le ton.
Elle ne cherche pas à gagner.
Elle me promet simplement que si je ne veux pas, elle ne me touchera pas.
Alors je finis par sortir à la seule condition que personne ne soit derrière la porte. Je reviendrai, me tiendrai proche de la porte de sortie... promis je ne fuguerai pas, mais on ne m'approche pas !
À l'époque, dans ma tête d'enfant, une seule pensée me traverse :
Pour la première fois, j'ai gagné !
Un médecin a capitulé.
Aujourd'hui, avec mes yeux d'adulte, je comprends les choses autrement.
Ce n'était pas une victoire contre elle.
Pour la première fois depuis deux ans, un adulte avait simplement choisi de ne pas me combattre.
La question qui a tout changé
Des années plus tard, ma mère me rapportera une phrase que je n'ai jamais oubliée.
Après notre départ, le médecin lui aurait demandé :
— Mais qu'est-ce qui lui est arrivé pour qu'elle soit dans un état pareil ?
Je n'étais pas présente lorsque cette question a été posée.
C'est ma mère qui me l'a racontée.
Aujourd'hui encore, cette phrase me bouleverse.
Parce que c'est la première personne dont j'ai connaissance qui ne s'est pas demandé :
"Comment faire pour qu'elle obéisse ?"
Mais :
"Qu'est-ce qui lui est arrivé ?"
La différence paraît minuscule.
Pour moi, elle était immense.
Une confiance prudente

Les années ont passé.
Je n'ai jamais cessé d'avoir peur des médecins.
Mais avec elle, quelque chose était différent.
Elle ne me forçait pas.
Elle ne me ridiculisait pas.
Elle ne cherchait pas à prendre le contrôle.
Elle respectait mon rythme.
À l'adolescence, lorsque je traversais des périodes où prendre rendez-vous était déjà trop difficile, elle s'adaptait.
Je pouvais lui envoyer un message. Je passais entre deux patients et récupérai simplement une ordonnance.
Pour beaucoup de gens, cela paraît banal.
Pour moi, c'était immense.
Lorsque la dépression est arrivée, elle a été là aussi.
Je lui ai dit que ça n'allait pas.
Vraiment pas.
Je lui ai dit que je ne voulais pas de médicaments.
Parce que j'avais déjà tellement l'impression que mon corps ne m'appartenait plus que je voulais au moins conserver cela.
Encore une fois, elle a respecté, sans juger.
Elle m'a simplement répondu que sa porte resterait ouverte.
Avec le recul, je crois que c'est cela qui résume le mieux le Docteur LeCoeur.
Elle ne cherchait pas à prendre le contrôle.
Elle créait un endroit où l'on pouvait revenir lorsqu'on était prêt.
"Lettre au Docteur LeCoeur"

Alors, Docteur LeCoeur,
Si un jour, par hasard, ces lignes vous parviennent, j'espère que vous les lirez.
Je ne vous ai jamais vraiment raconté ce que je vivais.
Je ne vous ai jamais expliqué pourquoi j'avais si peur.
Mais vous avez été la première.
La première à respecter mes limites sans les tourner en ridicule, sans m'humilier ou me rabaisser.
La première à comprendre que derrière mon refus, il y avait autre chose que de l'opposition.
Lorsque vous êtes partie, j'ai eu le cœur brisé.
Je n'ai pas perdu seulement un médecin.
J'ai perdu un repère.
Un endroit où je me sentais en sécurité.
Alors aujourd'hui, toutes ces années plus tard, j'avais simplement envie de vous dire merci.
Merci pour votre patience.
Merci pour votre douceur.
Merci pour votre écoute.
Et surtout, merci de ne pas m'avoir combattue.
Vos sentiments sont vrais
Avant de mettre un point à cette page, j'avais besoin de rendre hommage à cet être humain extraordinaire.
Parce que les blessures laissent parfois croire qu'il n'existe que des bourreaux.
Ce n'est pas vrai.
Il existe aussi des personnes qui écoutent.
Des personnes qui respectent, qui comprennent qu'un enfant n'est pas un dossier, un comportement à corriger ou une poupée de chiffon que l'on manipule à sa guise.
Elles sont rares.
Mais elles existent.
Et lorsqu'on les rencontre, elles peuvent changer une vie sans même le savoir.
Si vous êtes parent, prenez le temps d'observer.
Prenez le temps d'écouter.
Prenez le temps de vous demander ce que votre enfant essaie de vous dire lorsque ses mots ne suffisent plus.
Nous ne pouvons pas enlever la maladie.
Mais nous pouvons épargner bien des abus.
La prochaine page sera plus difficile à écrire.
Parce qu'avant de comprendre pourquoi cette femme a tant compté, il faudra retourner là où beaucoup de choses se sont brisées.
Je laisse celle-ci en suspens.
Comme un nuage de douceur.
En attendant, n’oubliez jamais : ce que vous ressentez est vrai. Personne n’a le droit de vous retirer cela.
XOXO
Une belle et son PTSD




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