Article 5 Journal d'une PTSD : Un autre chemin
- belleenboudoir
- il y a 6 jours
- 5 min de lecture
Cet écrit est pour celles et ceux qui avancent avec des questions sans réponse,
pour celles et ceux dont l’histoire a débordé trop tôt,
pour les enfants qu’on n’a pas entendus,
et pour les adultes qu’ils sont devenus.
Il est pour vous.Il est pour moi.
Pour que nos voix ne se taisent plus.
Pour que nous rayonnons ensemble.
Le vertige du toujours
Repartons un peu avant le déménagement.

Petit à petit, quelque chose a changé.
Ce que j’avais pris presque comme un jeu à l’hôpital — les
piqûres, les contrôles, les mots compliqués des adultes — est devenu mon quotidien.
Mon rythme.
Mes contraintes.
Un jour, j’ai posé la question :
« Jusqu’à quand je vais devoir faire toutes ces piqûres ? »
On m’a répondu :
« Toute la vie. »
Toute la vie. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?
Alors, j’ai commencé à me projeter.
Toute la vie, ça voulait dire quoi concrètement ?
Quand je serai grande ?
Quand je serai vieille ?
Est-ce qu’on continue même quand on dort ? Même quand on part en vacances ? Même quand on devient adulte ?
J’en avais le vertige… Stop. Je ne voulais plus y penser. Le présent était déjà bien suffisant.
C’est alors que le soir, avant de m’endormir, j’ai commencé à penser…
Je pensais à l’infiniment grand.
Encore plus grand.
Encore plus grand.
Ça me donnait des vertiges.
Je ne connaissais pas ce qu’il y avait de plus grand que les quelques galaxies qui nous entourent.
Puis à l’infiniment petit.
Encore plus petit.
Encore plus petit.
Qu’est-ce qu’il y a encore plus petit ?
Et là, ça me donnait envie de vomir. Je devais m’imaginer jeter les microbes dans les toilettes… comme cela, ça partait dans les égouts… et c’était fini. Plus d’infiniment petit.
Je ne mettais pas de mots dessus, mais aujourd’hui je sais :j’essayais déjà de comprendre ce que veut dire pour toujours.
Quand le corps parle
Après le retour à la maison et le retour à l’école, les rendez-vous médicaux se sont multipliés.Encore et encore.
Et puis il a fallu retourner chez ce pédiatre, docteur choucroute, qui m’avait traumatisée.Je ne voulais pas.
Vraiment pas.
Mes parents avaient un tabouret en bois foncé avec un cannage sur l’assise.
Je tournais autour dans le salon en hurlant :
« Je ne veux pas y aller, je ne veux pas y aller. On peut pas décaler ? J’en ai marre. »

Ma glycémie montait très haut dans ces moments-là.
On m’a accusée d’en être responsable.Comme si c’était forcément de ma faute.
Puis mes parents ont compris.
Mon corps réagissait au stress.
Mes émotions faisaient monter ma glycémie.
Pourtant, pendant des années, les médecins ont nié ce lien.
Si ça montait, c’était forcément que j’avais mal fait quelque chose.
Mangé en cachette.
Mal géré.
Mal dosé.
Mal contrôlé.
Il fallait toujours une faute.
Et souvent, cette faute, c’était moi.
Un nouveau départ, comme d'habitude
À l’hôpital de Fontainebleau, un médecin me suivait.
J’avais un peu peur de lui, comme de tous les médecins, mais je le trouvais gentil.
Humain.
C’était rare.
Un jour, il a dit à mes parents qu’il ne serait plus assez compétent pour me suivre.
Qu’il faudrait aller à Paris.
Aujourd’hui, je vois l’honnêteté immense dans cette phrase, et surtout à quel point il était compétent…
À l’époque, j’ai seulement eu peur.
Je leur ai demandé :
« On peut pas rester avec lui encore un peu ? »
Paris, c’était le bout du monde.
Un autre hôpital.
Un autre médecin.
Encore l’inconnu.
Je commençais tout juste à m’habituer à ce rythme.
À respirer un peu.
Et tout changeait encore.
La mallette bleue

Entre-temps, nous avons déménagé. Le CE2…
Nouvelle maison.
Nouvelle école.
Nouvelle vie.
L’école primaire a accepté de faire des aménagements pour moi.
Tout le monde était au courant, mais on disait que je savais gérer.
Je n’étais pas « l’enfant malade »,
juste une élève avec un cadre.
En théorie.
Dans la cour, je gardais auprès de moi précieusement, ma mallette bleue à paillettes du Club Med.
Je devais toujours l’avoir avec moi.
Des CM1, CM2 se moquaient :
« Elle est moche ta mallette. »
J’ai répondu :
« Si vous voulez ma mallette, vous prenez ce qu’il y a dedans. »
Curieux, ils ont voulu voir. Il fallait voir leurs têtes… comme si un animal sauvage allait leur sauter au visage. Je crois même qu’ils pensaient que je transportais un hamster ou un rat… le pauvre n’aurait pas respiré beaucoup là-dedans.
J’ai ouvert.
En même temps qu’ils découvraient le contenu, ils ont demandé :
« C’est quoi tout ça ? »
J’ai répondu :
« C’est ma maladie. Vous prenez ma mallette, vous prenez ma maladie. »
Silence.
Excuses.
Gêne.
C’était la première fois que je voyais la différence arrêter les moqueries.
Mais aussi la première fois que je sentais qu’elle pouvait m’écarter.
Mais hors de question de se laisser faire ! Il ne manquerait plus que ça.
L'heure du goûter

Les moments les plus difficiles de la journée, c’était à 16h30, les goûters sortaient.
Bonbons.
Gâteaux.
Rires.
Moi, j’avais faim. Très faim.
Et je devais attendre le dîner.
Si je tenais à gouter, un yaourt ou une pomme.
J’étais loin d’un remplissage d’estomac en pleine croissance, et de la gourmandise que pouvaient s’octroyer mes camarades, sans se rendre compte de leur chance.
Je disais à ma mère :
« Pourquoi eux ils ont le droit et pas moi ? Pourquoi ils font ça devant moi ?»
Avec mon regard d’enfant, je pensais qu’on pouvait faire attention.
Aujourd’hui je sais que ce n’était pas si simple.
Mais l’injustice, elle, était bien réelle.
"À part"
Comme le voulait le protocole, je devais manger à horaires fixes. Le matin 8h00, le midi à 11h30 et le soir à 19h00.
À la cantine, je mangeais donc à 11h30.
Avant les autres.J’ai demandé timidement si une amie pouvait venir avec moi.
Sinon je mangeais seule.
On a accepté, en me disant :
« bien évidemment, tu peux manger avec une amie »
Ce n’était pas si évident pour moi, qui embarquait les autres dans mon tourbillon.
Je n’ai presque jamais mangé avec ma classe.
Et dès la sixième, certains camarades se sont servis de ces horaires pour manger plus tôt quand ça les arrangeait.
Ce n’étaient pas vraiment des amis.
Puis j’ai fini par manger à la maison. Une nounou venait pour nous garder les temps hors école.
Comme à mon habitude, je n’avais plus envie de retourner à l’école après.
Être différente fatigue quand on est enfant.
Quitte à ne pas être comme les autres, autant rester chez soi.
L'autre chemin
Plus le temps passait, plus cela ressemblait à une descente aux enfers silencieuse.
Pas spectaculaire.
Juste quotidienne.
À cet âge-là, quand on commence à comprendre ce que veut dire « pour la vie ».
On comprend seulement que celle des autres continue normalement, et que la nôtre a pris un autre chemin.
Un autre chemin, oui.
Mais sur ce chemin-là aussi, la vie circule.
Je ne le savais pas encore,
mais une joie de vivre farouche grandissait en silence.
Comme une réponse instinctive à tout ce qui voulait me freiner.
J’écris ces pages pour que mon histoire ne reste pas enfermée en moi.
Si elle fait écho quelque part, alors elle avait besoin d’être racontée.
Une page de plus se tourne.
La suivante attend déjà
XOXO
Une belle et son PTSD








Commentaires