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Article 7 Journal d'une PTSD : Aujourd'hui, j'accuse


Salle d’audience en bois: une femme témoin de dos face au juge; bancs des ACCUSÉS à gauche remplis de médecins, et bancs des TÉMOINS à droite remplis d'enfants, devise au mur "la justice ne peut être aveugle face à la vérité".

Jusqu'à aujourd'hui, je me suis tue.

Jusqu'à aujourd'hui, j'ai porté.


Jusqu'à aujourd'hui, j'ai expliqué.

Aux médecins.

Aux professeurs

Aux proches

J'ai expliqué les chiffres et les symptômes.

J'ai expliqué encore.

Et encore.

Et encore.

Aujourd'hui, j'accuse.


J'accuse les adultes qui ont utilisé leur pouvoir contre un enfant.

J'accuse ceux qui ont menacé, humilié, rabaissé, nié, jugé.

J'accuse ceux qui ont confondu savoir et vérité.

J'accuse ceux qui ont regardé un dossier avant de regarder un être humain.


Et avant d'aller plus loin, je préfère vous prévenir.

Ce qui suit n'est pas un récit.

C'est un dossier que j’ouvre

Pièce après pièce.

Souvenir après souvenir.

Jusqu'à ce que chacun puisse regarder les faits en face.


Note aux jurés


Avant que l'audience ne débute, je vous dois quelques précisions.

Les faits qui vont suivre peuvent heurter certaines sensibilités.


Si vous ne vous sentez pas en capacité de les lire aujourd'hui, refermez ce dossier. Il sera toujours temps d'y revenir plus tard.


Les faits exposés ici sont les miens.

Pendant des années, ils ont occupé mes pensées, mes nuits, mon corps et mes silences.

Aujourd'hui, je les consigne noir sur blanc.

Non pour les effacer.

Non pour les oublier.

Mais pour qu'ils cessent enfin de n'exister qu'à l'intérieur de moi.


Si vous vous sentez en danger, ne restez pas seuls. Contactez le 116 006, numéro national d'aide aux victimes, ou parlez-en à une personne de confiance. Et si vous choisissez de m'écrire, sachez qu'ici, aucun témoignage ne sera jugé.


Si un enfant est actuellement en danger, le 119 – Allô Enfance en Danger est accessible 24h/24 et 7j/7.


Enfin, je dois préciser une chose essentielle.


Lorsque l'on parle d'agressions sexuelles sur mineurs, nous pensons souvent à des actes clairement identifiables par la loi.


Mais l'expérience d'un enfant est parfois plus complexe que les définitions juridiques.


Un enfant peut ressentir une intrusion, une humiliation ou une violence profonde sans disposer des mots pour la nommer.


Mon combat n'est pas de réécrire la loi.


Mon combat est de raconter ce que vit un enfant lorsque son intimité, sa pudeur ou son intégrité sont bafouées.


Chefs d'accusation


Avant donc l'exposé des faits, je souhaite préciser les chefs d’accusation sur lesquels repose ce dossier.

Atteinte à l'intégrité.

Atteinte à la dignité.

Absence de consentement.

Abus d'autorité.

Mise en danger de la sécurité psychique d'un enfant.

C'est à la lumière de ces éléments que les faits qui suivent devront être examinés.


La parole de la plaignante


Maintenant à vous, agresseurs.


Vous avez fait de moi une enfant puis une femme blessée. Vous n’aviez simplement pas prévu que cette femme deviendrait féroce. Vous avez tenté de m’éteindre… j’en ai fait un incendie.


Sachez je vous hais, d’avoir mutilé ma parole.

D’avoir fait taire mon histoire, pour me réduire à un diagnostic mathématique.


Je vous débecte.

Les observations que je faisais de mon propre corps ont été tournées en ridicule.

5 ans plus tard, vous les signiez de votre nom.


Mais agresseurs, aujourd’hui, j’accuse.

Je me déleste de ma honte.

Je me déleste de ma culpabilité.

Je vous renvoie ma douleur.


Chers diabétologues, docteurs généralistes, internes, externes, ophtalmologues, gynécologues, cardiologues, dieticiennes, psychologue cliniciennes et médecins en tous genres…


J’espère que vous êtes prêts.


J’espère surtout que vous vous reconnaîtrez.

Que vous rougirez

Et que la honte vous hantera aussi longtemps que je me suis punie d’être malade.


Surtout, amusez-vous.

Ressentez, chers médecins, l'impuissance d'un enfant de huit ans face à des adultes menaçants.

Respirez ces odeurs de jugement qui imprègnent les murs de vos hôpitaux.

Allez-y.

Pour une fois, changez de place.

Ne soyez plus celui qui examine.

Soyez celui qui tremble.

Soyez celui qui se tait.

Soyez celui qui n'a aucun pouvoir.


Car si ces lignes ne vous inspirent ni honte, ni compassion, alors je crains que mon histoire ne soit pas le véritable problème.


Et si vous avez agi ainsi avec moi, je suis triste d'imaginer le nombre d'enfants que vous avez suivis... et détruits.


Et bien sûr, joyeux Hunger games à tous !!!


Appel à témoins


À la revoyure, docteurs, médecins, professeurs et grands pontes de Paris.

Ne vous inquiétez pas.

Je n'ai rien oublié.

Et je n'oublierai personne.

Chaque épisode sera raconté.

Chaque souvenir sera décortiqué.

Chaque pièce du dossier trouvera sa place.


À ceux qui me lisent aujourd'hui, je voudrais simplement dire ceci :

Je suis certaine de ne pas avoir été seule.

Alors racontez votre histoire.

Écrivez-la.

Hurlez-la.

Déposez-la.

Et si les mots vous manquent encore, commencez simplement par ceux-ci :

« J’accuse ».


À celles et ceux qui se sont reconnus dans ces lignes.

À celles et ceux dont la parole a été ignorée, minimisée ou étouffée.

À celles et ceux qui portent encore des blessures invisibles.


Je vous vois.

Et je vous crois.


Le chapitre 8 s'écrit. Vous l'aurez très prochainement.


En attendant, n’oubliez jamais : ce que vous ressentez est vrai. Personne n’a le droit de vous retirer cela.


XOXO

Une belle et son PTSD

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